Ségolène Royal : poker menteur et “politique ouverte”

Ségolène Royal vient de prendre une initiative très intéressante en rendant publiques sur son site les lettres qu’elle a adressées à Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Benoit Hamon. Je ne m’illusionne évidemment pas sur la démarche de Ségolène Royal : dans le spectacle byzantin, mixte de jeu d’échecs et de poker meneur que sont les Congrès socialistes, elle joue un « coup ».

Ségolène Royal vient de prendre une initiative très intéressante en rendant  publiques sur son site les lettres qu’elle a adressées à Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Benoit Hamon.  Je ne m’illusionne évidemment pas sur la démarche de Ségolène Royal : dans le spectacle byzantin, mixte de jeu d’échecs et de poker meneur que sont les Congrès socialistes, elle joue un « coup ».

Il reste que Ségolène Royal innove. Elle inaugure une forme de «négociation à ciel ouvert », en rupture avec la pratique socialiste ancestrale des « synthèses » élaborées à quelques uns, dans le secret d’une Commission des résolutions totalement opaque.


1) Je m’intéresse depuis quelques années à l’émergence de ce que j’appelle  « politique ouverte » (et qui recouvre à peu prés ce que les américains appellent « open politics », voire « open source politics »).


Cette notion désigne au moins trois types de pratiques.


a) La recherche d’une certaine transparence de la vie politique, y compris dans la sphère des négociations d’accords politiques et de programmes :  si la politique requiert une certaines dose de secret (une négociation  sur un contrat de gouvernement, par exemple, amène a consentir des contreparties électorales qui ont vocation à rester secrètes), il y a aussi des avantages a ce qu’elle soit menée, pour partie  «  a ciel ouvert », sous le regard des citoyens (ou des militants).


b) Les démarches visant  à impliquer les citoyens (ou les seuls militants) dans des activités qui relevaient classiquement des états-majors et des experts. Tout ce qu’on entend désormais par démocratie contributive, pour l’élaboration d’un programme (ou d’un texte de congrès).


c) La démarche consistant pour les etats-majors à dévoiler aux militants les grandes lignes d’une stratégie, par exemple une stratégie électorale. C’est ce qui s’est passé lors de la campagne présidentielle américaine de 2008 : les directeurs de campagne de McCain et de Barack Obama ont rendu publiques, chacun de leur côté, la feuille de route stratégique des deux candidats, estimant que les avantages (l’adhésion et la compréhension de la stratégie) de la publicité  l’emportaient sur les inconvénients.


2) Revenons à l’initiative de Ségolène Royal


Reprenons la chronologie. La motion dont Royal est signataire arrive en tête le 6 novembre. François Hollande enjoint le lendemain à Ségolène Royal de créer les conditions d’une majorité. Ségolène Royal rencontre les chefs de file des autres motions (ou leurs bras droit). Elle les interroge sur les questions qu’ils jugent essentielles en vue d’une éventuelle synthèse. Elle leur adresse, dans un premier temps, un « document de travail ouvert  en vue de « structurer la réflexion et les échanges  et servir de base aux discussions préparatoires à la constitution d’une  majorité au congrès de Reims ». Ce document fuite et est assez vite rendu public.


Hier, elle a franchi un autre pas. Elle a publié les trois lettres à Martine Aubry, Bertrand Delanoë et Benoit Hamon. Dans chacune de ces lettres, elle recense les questions sur lesquels ses interlocuteurs attendaient une clarification et y répond en soulignant les convergences.


Je ne m’illusionne évidemment pas sur la démarche de Ségolène Royal : dans le spectacle byzantin, mixte de jeu d’échecs et de poker meneur que sont les Congrès socialistes, elle joue un « coup » : la démarche est avant tout tactique. Elle affiche qu’elle prend au mot ses rivaux qui prétendent  explorer la possibilité d’un accord politique avec elle : elle prend à témoin les militants.  Il y a aussi une part d’ironie a voir Ségolène Royal faire semblant de se prêter au jeu formaliste des « clarifications » et de l’exégèse des textes de motion.

Il reste, et c’est ce que je retiens, que Ségolène Royal innove. Elle inaugure ici une forme de « négociation à ciel ouvert », en rupture avec la pratique socialiste ancestrale des « synthèses » élaborées dans la précipitation, à quelques uns, dans la nuit du samedi au dimanche, dans la fameuse Commission des résolutions.


Au reste, SMS aidant, les tractations nocturnes de la Commission des résolutions sont de moins en moins secrètes.


Cet article est reproduit avec l’autorisation de son auteur, Maurice Ronai du pôle écologique du PS.

Un Commentaire

  1. la fourmi rouge a écrit: | Permalien

    Très intéressant billet.

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