Alors que le MoDem tenait son congrès dans le Pas-de-Calais, Ségolène Royal a proposé aux centristes cinq places éligibles sur sa liste de premier tour en Poitou Charentes pour les prochaines élections régionales.
Sans surprise, la proposition a été fermement refusée par François Bayrou dont le leadership sur la formation centriste apparaît de plus en plus critiqué (notamment par Corinne Lepage, vice-président du MoDem).
Ségolène Royal s’est dite déçue et s’en est remise au MoDem de sa région. Elle a déclaré sur les ondes de France Info :
“François Bayrou doit laisser [aux candidats régionaux du MoDem] la possibilité de décider. Je leur ai proposé de constituer un groupe autonome à l’assemblée régionale, ça me paraît tout à fait normal“
Il n’en fallait pas davantage pour que les médias ironisent sur la prétendue irruption de Ségolène Royal dans le Congrès du MoDem, n’hésitant pas, pour mieux dénigrer sa proposition, à faire des comparaisons incongrues avec sa venue justifiée à Dijon, le 14 novembre dernier, au colloque de son courant “L’Espoir à gauche”.
Or, non seulement la proposition de Royal est logique et de bon sens, comme nous allons le montrer, mais elle permet, une fois encore, de mettre en évidence la formidable hypocrisie des critiques formulées par l’appareil du Parti socialiste.
Une proposition d’alliance logique et de bon sens
La proposition d’alliance faite au MoDem par Royal est logique et de bon sens. Avant d’être l’expression d’un positionnement national, elle résulte avant tout d’un examen lucide de la donne politique régionale à laquelle la tête de liste socialiste est confrontée.
C’est donc la manifestation d’un pragmatisme politique que la presse nationale se garde bien d’analyser avec le sérieux qu’il conviendrait.
On doit en effet rappeler que le PCF a fait le choix de constituer en Poitou Charentes une liste autonome avec le Parti de Gauche et la Gauche Unitaire, au risque de livrer cette région socialiste à l’UMP, dont le chef de file n’est autre que le sous-ministre Dominique Bussereau.
Galvanisés par leur excellent score aux Européennes, les écologistes ont eux aussi décidés de tenter leur chance en solo, sans toutefois mesurer qu’un scrutin n’est pas l’autre.
Le PS national, paraît-il si attaché à l’ancrage à gauche, a-t-il fait vraiment tout ce qui était en son pouvoir pour convaincre le PC, le PG et les Ecologistes de rejoindre la liste socialiste et d’éviter ainsi la dispersion au premier tour ?
Lâchée par Europe Ecologie et par la soi-disant gauche pure et authentique, il est donc normal et naturel que Ségolène Royal ait souhaité un élargissement de sa liste au MoDem.
La politique n’est pas faite que de purisme idéologique et d’intransigeance doctrinale, dont on sait qu’ils ne mènent à rien, si ce n’est au clubisme ou à l’éparpillement en diverses chapelles qui s’excommunient les unes les autres. En d’autres termes, pour remporter un scrutin, il faut s’en donner concrètement les moyens et s’en référer à la situation politique telle qu’elle est et non pas telle qu’on voudrait qu’elle soit.
Mais une défaite de Royal aux régionales chagrinerait-elle les bureaucrates de la rue de Solferino ? Le fonctionnalisme du pire, qui est la véritable ligne politique de la direction actuelle du PS, incite tout naturellement à se poser la question.
Une proposition d’alliance hypocritement critiquée par le PS
Lorsqu’il n’est pas sur Twitter pour y écrire des conneries, le porte-parole du PS, l’inénarrable Benoît Hamon, a coutume de se précipiter devant les caméras pour y faire étalage de son incommensurable malhonnêteté intellectuelle. Sans tenir compte de la situation locale et des rapports de force politiques, l’apparatchik a ainsi rejeté dimanche l’offre d’alliance faite par Ségolène Royal au MoDem, estimant que cette initiative risquait de nuire à un rassemblement de la gauche.
Et de déclarer sur Canal +,
“Le risque est grand qu’on compromette les conditions du rassemblement de la gauche si on fait le choix, notamment dès le premier tour, de s’associer à une formation issue de la droite [...] la ligne du Parti socialiste, c’est le rassemblement de la gauche au premier tour [et] proposer un bouclier social aux politiques mises en oeuvre par Nicolas Sarkozy”.
Et de poursuivre non moins sentencieusement :
“Il y a [chez Ségolène Royal] une continuité d’une conviction, d’une intuition qui, en termes d’alliance, dans le reste de l’Europe, n’a jamais fonctionné, en tout cas n’a jamais fonctionné au bénéfice de la gauche”
On se contentera de faire observer trois choses au porte parole du PS, si tant est qu’il ait les capacités de les comprendre :
1) En mars 2008, Martine Aubry a fait une alliance avec le MoDem lors des municipales à Lille comme ce fut le cas, avec des fortunes diverses, à Marseille, Chartres, Asnières, Melun, Poissy ou Mende, pour ne se borner qu’à ces quelques exemples. A l’époque, celle qui n’était pas encore Premier secrétaire du PS avait même justifié cette alliance inattendue… Ce choix n’avait pas dérangé outre mesure le purisme idéologique et politique du petit apparatchik de la rue de Solferino.
2) Hamon est particulièrement mal placé de parler de “l’intuition” de Ségolène Royal en faisant référence pour cela aux alliances dans le reste de l’Europe, comme si cela pouvait avoir un rapport avec le scrutin des régionales, alors qu’il n’a même pas été capable de se faire réélire au parlement européen en juin dernier. Question intuition, le porte parole du PS repassera.
3) La stratégie du rassemblement de la gauche prônée par Benoît Hamon et la direction du PS est un échec. Le PS s’est en effet avéré incapable de fédérer le Parti communiste , le Parti de Gauche et Europe Ecologie dans des listes communes. La situation politique actuelle n’est donc pas comparable à celle des années 70 et 90. Nous ne sommes plus au temps de l’union de la gauche ou de la gauche plurielle. Il convient alors de s’adapter à la donne politique nouvelle, que l’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore. Il faut rappeler à ce titre que même si les partis de gauche acceptaient de travailler un jour main dans la main, cela serait encore insuffisant pour espérer franchir la barrière des 50% aux prochaines présidentielles. Il faut donc nécessairement élargir au centre.
Une proposition d’alliance ni incongrue ni illégitime
Les déclarations de Benoît Hamon faites au nom et pour le compte du PS, ne sont donc que de la posture. Elles traduisent un manque flagrant de sens politique. Rien de plus.
C’est d’ailleurs sur cette posture mensongère que s’est construite l’opposition de circonstance à Royal lors du Congrès de Reims.
Cette posture ne répond évidemment pas aux objectifs des prochaines régionales, à savoir conserver le plus grand nombre de régions, et si possible, remporter celles détenues par la droite afin d’organiser un contrepoids politique au désengagement croissant de l’Etat et à la politique de Nicolas Sarkozy.
A ce sujet, il est savoureux de constater qu’un blogueur qui n’avait pas, hier encore, de mots assez durs pour fustiger le prétendu centrisme de la Dame du Poitou, préconise aujourd’hui une coalition arc-en-ciel (Front de Gauche, Europe Ecologie, PS et MoDem), tout en réussissant l’extraordinaire tour de force de condamner l’initiative de Ségolène Royal en Poitou Charentes.
Quelle est donc la cohérence de ce raisonnement incohérent ? Ne cherchons pas très loin car il s’agit d’une simple aversion pathologique pour Ségolène Royal qui autorise ainsi toutes les contradictions, même les plus grotesques.
Mais revenons donc à des choses plus sérieuses pour souligner que le refus de François Bayrou n’est pas plus grave que ne l’est celui des autres leaders non socialistes. La fiabilité du MoDem n’est pas davantage sujette à caution que celle des formations politiques à la gauche du PS.
En ce sens, la proposition de Royal n’est ni incongrue ni illégitime.
Car, de manière plus fondamentale, il faut souligner que le refus de François Bayrou (motivé, on le sait, par la préparation de 2012 et par sa faiblesse même au sein du MoDem) est en définitive moins un revers pour Ségolène Royal, qu’un revers pour le PS.
Au lieu de s’exprimer avec condescendance sur l’offre d’alliance de Royal au MoDem, Benoît Hamon ferait donc mieux de s’interroger sur la baisse générale d’attractivité du PS qui est un signe évident de son affaiblissement et de son étiolement idéologiques. On a pu ainsi le mesurer aux dernières élections européennes où le PS s’est distingué par un résultat calamiteux.
Tags: gauche, Modem, Parti socialiste, Ségolène Royal





QUE PUIS-JE FAIRE?