Rencontre avec Jean-Louis BIANCO, 28 avril 2009

Le citoyen et militant que je suis continue de penser que nombre des idées portées par la motion E à l’occasion du dernier congrès du Parti socialiste, dans la continuité de la campagne présidentielle de Ségolène Royal, restent d’une pertinence certaine sur nombre de sujets essentiels à une incontournable marche en avant démocratique et donc sociale [...]

Le citoyen et militant que je suis continue de penser que nombre des idées portées par la motion E à l’occasion du dernier congrès du Parti socialiste, dans la continuité de la campagne présidentielle de Ségolène Royal, restent d’une pertinence certaine sur nombre de sujets essentiels à une incontournable marche en avant démocratique et donc sociale : introduction d’une articulation forte entre démocratie représentative rénovée et nouvelle démocratie, participative et décentralisée ; reconnaissance de la force d’une France métissée ; primautés de l’éducation et de la justice sociale ; indispensable massification des structures politiques (syndicats, partis) ; activisme contre la pensée unique dans divers domaines d’importance (écologie, femmes, banques, médias) ; etc.

Les sujets que nous avons mentionnés le sont apparemment en dehors de considérations de politique économique ― volontairement restreinte au rôle d’outil de mise en application ― et ils ne nous empêchent pas de garder à l’esprit la vocation première que nous défendons pour le socialisme au XXIe siècle : l’extension du domaine de la démocratie au pouvoir économique. Nous continuons de penser en effet que c’est bien là ― autour d’une forme de libéralisation démocratique des instruments de prise de décisions collectives et de contrôle de leur bon déroulement a posteriori ― que résidaient et résident encore, certes toujours partiellement, la cohérence et le potentiel des idées défendues par Ségolène Royal et son courant, et qui en font, nous semble-t-il, des dignes représentants du socialisme authentique, si indispensable pour notre avenir.

Aussi, c’est avec un réel enthousiasme que je me suis rendu à l’Assemblée nationale le 28 avril, en compagnie de deux camarades blogueurs ― Piratage(s) et Intox2007 ―, pour participer à une entrevue avec Jean-Louis Bianco, député socialiste et président du Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, homme politique expérimenté, soutien connu et revendiqué de Ségolène Royal. À cet enthousiasme se mêlait logiquement une part de circonspection, tant le militant a toujours en lui cette appréhension vis-à-vis du pouvoir, structurellement corrupteur, actuellement et à tous les niveaux. Exemple au niveau national avec le cumul des mandats qui limite fortement le dynamisme ― ou l’émergence, comme on voudra ― de l’esprit public.

L’entretien, convenu sous forme de discussion d’environ une heure, a tourné autour d’idées et des problèmes actuels, abordés par des exemples et des questionnements, plutôt que par des discussions théoriques qui auraient pu déboucher sur l’évocation de solutions structurelles. Le temps trop court ne s’y est guère prêté et c’est d’ailleurs le gros inconvénient que l’on peut reprocher à la discussion informelle, par rapport au dialogue préparé : la perte de temps. Devant l’opportunité de rencontrer une personne de ce niveau, force est en effet de reconnaître que, si l’on veut toucher à l’essentiel dans le peu de temps imparti, il faut le faire de façon directe et donc par l’emploi de questions sur des sujets précis rédigées préalablement, de préférence collectivement ― de bonnes questions n’interdisant pas quelques digressions. L’avantage d’une discussion reste en revanche la plus grande ouverture d’esprit des interlocuteurs. Ce qui nous a permis de mesurer celle de M. Bianco. Reste que les blogueurs devraient s’interroger sur le cadre à imposer aux interlocuteurs et sur le travail amont à fournir pour profiter de ce cadre informel ; arriver à allier discussions “théoriques” (idéaux, stratégie, illusions…) et “expérimentales” (le comment faire ? ou la mise en pratique avec rétroaction éventuelle, la mise à l’épreuve du volontarisme et de l’engagement politique de nos élus…) pour en distiller une réelle capacité d’influence.


 

Les sujets abordés ont concerné la défaite de 2007, la guerre de la communication, le travail, la violence des luttes sociales, la régulation économique, l’enseignement supérieur et la recherche, avec comme trame générale naturelle le Parti socialiste. On ira chez Vogelsong et intox2007 pour un détail des réponses apportées, notamment suite au questionnement indirect des blogueurs Olympe, Antoine_B et Eric Mainville.

Pêle-mêle, nous avons ainsi discuté des personnes âgées en tant qu’électorat, de la stratégie de sortie du bruit médiatique du PS dans les médias traditionnels et sur Internet (avec les exemples des blogs, de la loi Hadopi, du lobby artistique et des coups médiatiques de Ségolène Royal), la mutualisation et la valorisation des résultats des politiques locales des élus PS (via le forum des territoires), des élections européennes (Meeting de Toulouse, Manifesto et incurie médias sur l’agenda de campagne du PS), la stratégie de conquête nationale du pouvoir, l’unicité de discours et les difficultés d’entendre le PS sur nombre de sujets, l’absence de soutien franc du PS au mouvement de lutte universitaire…

À titre personnel, un sujet que je regrette de ne pas avoir abordé, faute de temps encore une fois, est celui du rapprochement entre les grandes écoles et l’Université. J’avais envisagé de discuter de cet aspect essentiel de la démocratisation de l’enseignement supérieur, mais nous nous sommes intéressés à la faiblesse ― au moins médiatique ― du PS sur la question très actuelle de la lutte universitaire, qui fait souffrir nombre de collègues. Bianco avoue sans détour ne pas être le meilleur interlocuteur. (Il faudra donc se retourner vers le Secrétaire national Bertrand Monthubert pour avoir des réponses.) Je regrette d’ailleurs d’avoir attribué au PS un vote pour la loi LRU à l’époque de son adoption en 2007, ce qui est faux. Là n’était cependant pas la question mais cela a une certaine importance puisque ce genre de contre-vérité peut circuler. La discussion a néanmoins confirmé la gêne du politburo du PS sur le conflit, probablement en raison de l’incompréhension, pour cause de non-intérêt, des problèmes dénoncés par la communauté scientifique. La consultation des communiqués sur le sujet donne d’ailleurs une idée de la réactivité du PS en la matière : au mieux à contre-temps.

Enfin, avec cet entretien, qui a beaucoup tourné autour de la communication du PS, n’oublions pas qu’un illustre penseur de notre temps a dit : « puisque la force est toujours du côté des gouvernés, ceux qui gouvernent n’ont pour les [contrôler] que l’opinion. » On ne peut donc que mettre en garde le PS et Ségolène Royal sur l’exposition au risque de diffamation médiatique de certaines approches stratégiques évoquées avec Bianco, à l’heure de la domination des médias par les intérêts capitalistes. La discussion autour des nouvelles formes de militantisme, orientées vers les citoyens, laisse quand même optimiste. Ces idées devront se concrétiser pour servir une stratégie de conquête électorale par la valorisation des idées socialistes.

Remercions franchement Jean-Louis Bianco (et Nicolas Cadène) de nous avoir reçus et d’avoir discuté avec nous.


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